Les techniques avancées
Effet starburst (soleil en étoile) et lens flare : guide complet
L’effet « Starburst » ou « Sunburst » en photographie se réfère à la capture du soleil — ou de toute autre source lumineuse — sous forme d’étoile dans votre photographie. Comme pour tous les effets de ce type, utilisez-les avec modération et n’en ajoutez que lorsqu’elles sont nécessaires plutôt que d’en faire une habitude.

L’essentiel
L’effet starburst (soleil en étoile) transforme une source lumineuse ponctuelle — soleil, lampadaire, flamme — en une étoile aux branches rayonnantes. C’est un phénomène de diffraction produit par les lames du diaphragme lorsque l’objectif est fermé (f/16-f/22). Recette express : f/16 à f/22 (f/16 = bon compromis), cacher partiellement la source derrière un élément pour un effet plus propre, objectif propre + pare-soleil, live view pour la sécurité oculaire. Technique anti-flare ultime : double prise de vue (avec et sans soleil caché par le doigt), fusion Photoshop en masque de fusion.
Au programme9 sections
Qu’est-ce qu’un starburst ?
Un starburst (littéralement « éclat d’étoile ») est une figure en étoile qui apparaît autour d’une source lumineuse lorsque vous photographiez à ouverture étroite. Plus l’ouverture se ferme, plus la lumière est diffractée par les lames du diaphragme, créant ces branches caractéristiques.
Deux conditions indispensables :
- Une source lumineuse forte et ponctuelle : soleil, lampadaire, phare de voiture, bougie. Tout ce qui est intense et relativement petit dans le cadre.
- Une ouverture fermée : f/11 minimum, idéalement f/16-f/22.
L’effet est physique, optique, non retouchable proprement en post-production. Soit vous l’obtenez à la prise de vue, soit vous ne l’avez pas.
1. Choisir la bonne ouverture
Le facteur n°1. Plus l’ouverture est petite (nombre f élevé), plus les branches de l’étoile sont longues, nettes, prononcées.
- f/8-f/11 : effet naissant, branches courtes et diffuses.
- f/16 : équilibre idéal — profondeur de champ maxi, netteté correcte, étoile bien visible.
- f/22 : étoile maximale, mais attention à la diffraction qui peut légèrement adoucir le reste de l’image.
À f/16, vous tombez dans la zone optimale de la plupart des objectifs paysage.
Conséquences à gérer
Fermer autant réduit la lumière qui entre. Compensez avec :
- ISO bas (100 ou 200) pour préserver la qualité d’image.
- Trépied obligatoire dès que la vitesse passe sous 1/60 s.
- Déclencheur souple ou retardateur 2s pour éviter le moindre flou de bougé.
Voir le triangle d’exposition pour comprendre comment compenser.
2. L’objectif change la forme de l’étoile
Toutes les étoiles ne se ressemblent pas — c’est la géométrie du diaphragme qui décide.
Règle simple :
- Diaphragme à nombre pair de lames (6, 8, 10) → étoile à même nombre de branches (6, 8, 10).
- Diaphragme à nombre impair de lames (7, 9) → étoile à double du nombre de branches (14, 18).

Pourquoi ? Chaque lame crée deux diffractions (une par bord), mais si le nombre de lames est pair, les diffractions se superposent. En impair, elles se séparent, doublant le compte.
Qualité des branches
- Lames à bords droits → étoiles nettes et définies.
- Lames arrondies (optimisation bokeh) → étoiles plus diffuses, moins graphiques.
Les grands-angles (14-35 mm) sont les favoris pour les starbursts en paysage : ils placent le soleil plus loin dans la scène, avec des branches qui s’étalent bien.
Tester avant d’investir
Si vous avez plusieurs objectifs, faites un test comparatif sur le même sujet à f/16. Vous verrez que certaines optiques produisent des étoiles bien plus propres que d’autres. Les meilleures dans ce domaine : les grands-angles fixes haut de gamme (Canon RF 14-35L, Nikon Z 14-30, Sony FE 16-35 GM).
3. Placez la source derrière un élément
Le soleil en plein ciel donne rarement les meilleures étoiles. Ce qui fait chanter un starburst, c’est de le placer juste derrière un obstacle :
- Branche ou bord d’un arbre.
- Crête d’une colline ou d’un sommet.
- Trou dans un feuillage.
- Arête d’un bâtiment.
- Sommet d’un rocher.

Pourquoi ça marche mieux ? Cacher partiellement la source réduit l’intensité qui entre dans l’objectif, ce qui :
- Atténue le risque de flare parasite.
- Amincit visuellement les branches (plus graphiques).
- Crée un contraste scénographique entre le noir de l’élément masqué et les rayons qui fusent.
Bougez votre trépied de quelques centimètres jusqu’à ce que le soleil affleure juste le bord : c’est la position magique.
4. Gardez votre objectif propre
Une ouverture étroite révèle impitoyablement toutes les saletés sur votre lentille frontale. Chaque grain de poussière, chaque trace de doigt, chaque goutte, devient une tache visible sur l’image finale — voire un halo lumineux.
Avant chaque session starburst :
- Chiffon microfibre + liquide nettoyant objectif (jamais de buée ou de t-shirt).
- Poire soufflante pour la poussière sèche.
- Vérification du filtre UV s’il y en a un — un filtre sale peut tout ruiner.
Pensez aussi au capteur : voir comment nettoyer son capteur et supprimer les taches de poussière dans Lightroom si vous les découvrez en post.
5. Utilisez le mode Live View
Deux raisons non négociables :
Raison n°1 : votre sécurité oculaire
Ne regardez jamais le soleil directement dans le viseur optique d’un reflex, surtout avec un téléobjectif. Vous risquez une brûlure rétinienne permanente. Le live view (écran arrière ou viseur électronique d’un hybride) interpose le capteur entre votre œil et le soleil.
Raison n°2 : visualisation en temps réel
En live view :
- Vous pouvez zoomer (10×) sur la zone de l’étoile pour vérifier la netteté.
- Vous pouvez prévisualiser la profondeur de champ (bouton dédié ou automatique en live view) pour voir l’étoile telle qu’elle apparaîtra.
- Vous pouvez ajuster la composition finement sans lever l’œil.
Sur hybride, le viseur électronique offre les mêmes avantages avec plus de confort par forte luminosité.
6. Surveillez l’exposition
Pointer l’appareil vers le soleil dérègle systématiquement la mesure automatique. Le capteur « voit » énormément de lumière au centre et sous-expose le reste de la scène.
Stratégies :
- Mode priorité ouverture (A/Av) avec correction d’exposition +1 à +2 IL pour compenser.
- Mode manuel (M) + mesure spot sur une zone moyenne de la scène (pas sur le soleil).
- Bracketing automatique à -1, 0, +1 IL pour avoir le choix en post.
L’histogramme plutôt que l’écran
L’écran arrière trompe en plein jour. Fiez-vous à l’histogramme :
- Hautes lumières qui touchent le bord droit = cramées (risque de halo blanc autour du soleil).
- Ombres collées au bord gauche = zones sans détail récupérable.
- Idéal : histogramme centré, avec une extrémité droite proche du bord sans le toucher.
Recette pas à pas pour un starburst réussi
- Trépied installé, composition verrouillée.
- Objectif nettoyé, pare-soleil monté.
- Mode priorité ouverture (A/Av), ISO 100, f/16 pour commencer.
- Placez le soleil juste derrière un bord (arbre, colline, bâtiment).
- Live view activé, zoom 10× pour la MAP.
- Déclenchez avec retardateur 2s ou télécommande.
- Vérifiez l’histogramme, ajustez la correction d’exposition si besoin.
- Affinez l’ouverture : f/11 pour un effet doux, f/22 pour un effet maximal.
Éviter le lens flare
Le lens flare est le côté pile du starburst : des taches colorées, halos, voiles laiteux qui apparaissent dans l’image quand la lumière rebondit entre les lentilles de l’objectif.
Le flare n’est pas toujours indésirable — de nombreux photographes en ajoutent volontairement pour donner un côté cinématographique, vintage, ou solaire à leurs images (JJ Abrams en avait fait sa signature). Mais dans un paysage propre, il ruine souvent le rendu.
3 stratégies anti-flare
1. Changer d’angle. Le flare dépend de l’angle d’incidence de la lumière sur la lentille. Parfois, 5 cm de déplacement suffisent à faire disparaître un halo. Bougez systématiquement pour tester plusieurs positions.
2. Utiliser le pare-soleil. Son rôle : bloquer la lumière qui frappe l’objectif en dehors du cadre. N’est pas infaillible avec un grand-angle (le pare-soleil est court), mais réduit fortement les risques.
3. Cacher la source avec le doigt (ou une feuille). Technique physique ultime : placez votre doigt entre le soleil et la lentille, à quelques centimètres de la lentille, hors cadre. Le soleil reste dans la composition mais sa lumière directe n’atteint plus l’objectif.
La méthode double prise de vue
Quand la composition impose le soleil au centre du cadre et que rien ne peut le cacher naturellement, voici l’astuce professionnelle :
Photo n°1 : starburst normal, avec flare.

Photo n°2 : mêmes réglages, trépied immobile, mais cachez le soleil avec votre doigt placé devant l’objectif (le doigt masque juste le soleil, pas le reste). Cette photo n’a pas de flare.

En post-production :


Sélectionnez les deux images dans Lightroom → clic droit → Ouvrir comme calques dans Photoshop. La photo « sans flare » devient le calque du dessus. Ajoutez un masque de fusion noir, puis repeignez en blanc uniquement les zones où il y avait du flare dans la photo d’origine.
Résultat : starburst net + zéro flare.

Technique simple, efficace, qui sauve des images autrement perdues.
FAQ
Quelle ouverture pour un effet starburst ?
f/16 à f/22, avec f/16 comme meilleur compromis entre netteté, profondeur de champ et qualité de l’étoile. À f/11, l’effet est naissant mais discret. À f/22, l’étoile est maximale mais la diffraction globale de l’image peut la rendre légèrement moins nette.
Combien de branches aura mon étoile ?
Cela dépend du nombre de lames du diaphragme de votre objectif. Pair (6, 8, 10 lames) → même nombre de branches (6, 8, 10). Impair (7, 9 lames) → double (14, 18 branches). Les objectifs haut de gamme à lames droites produisent les étoiles les plus nettes.
Qu’est-ce que le lens flare ?
Des taches colorées, halos ou voiles laiteux dans l’image, causés par la lumière forte qui rebondit entre les lentilles internes de l’objectif au lieu de traverser proprement. Il est accentué par les ouvertures fermées (f/16+), les objectifs sales et les angles de prise où le soleil frappe directement la lentille.
Comment éviter le lens flare ?
Trois stratégies : 1) changer d’angle de prise de vue (quelques cm suffisent parfois), 2) utiliser le pare-soleil, 3) cacher la source avec le doigt (hors cadre, ou avec la méthode double prise de vue + fusion Photoshop). Un objectif propre est indispensable.
Peut-on créer un starburst en post-production ?
Non, pas proprement. Le starburst est un phénomène optique de diffraction par les lames du diaphragme — il ne peut pas être simulé de manière convaincante en post. Des filtres comme ceux de Photoshop ou Luminar produisent des étoiles synthétiques qui manquent toujours de naturel. Obtenez-le à la prise de vue.
Le starburst fonctionne-t-il de nuit ?
Oui, excellemment. Les lampadaires, phares de voitures, enseignes lumineuses, fenêtres éclairées donnent des starbursts superbes à la blue hour ou en pleine nuit. C’est même une des techniques favorites des photographes urbains pour dynamiser les scènes de ville.
Pour aller plus loin
- Golden hour — le meilleur moment pour un starburst solaire.
- Blue hour — starbursts urbains nocturnes.
- Comprendre l’ouverture — pilier technique.
- Le diaphragme en photo — lames et nombre f.
- Histogramme — contrôler l’exposition contre-jour.
- Nettoyer son capteur — prérequis.
- Supprimer les taches dans Lightroom — post-traitement.
- 5 conseils photo de paysage — fondamentaux.


